Jeumont : "La marge de manoeuvre de la Ville est réduite"
90% des dépenses de la commune sont incompressibles, et les dotations de l'Etat sont en baisse, comme cela a été expliqué en conseil municipal, mardi 2 mars.
Pas de coup de théâtre, mardi 2 mars, lors du conseil municipal de Jeumont. La majorité a réaffirmé son souhait de réaliser ses projets phares malgré les difficultés financières de la Ville, tout en répondant aux attaques du porte-parole de l'opposition Philippe Biais.
Point principal de ce conseil municipal, le débat d'orientation budgétaire. La majorité a tenu à souligner les influences exercées par les paramètres économiques extérieurs, comme «l'onde choc de la crise», la dette de la France qui devrait passer à «100% du PIB avant trois ans», le projet de réforme territoriale, la diminution des dotations de l'Etat, la suppression de la taxe professionnelle. Quant à la situation locale, «les bons résultats de l'exécution du budget 2009 ne doivent pas nous plonger dans un sentiment d'euphorie», indique la majorité, car «nous restons dans une grande fragilité financière» : la Ville est toujours inscrite dans le réseau d'alerte instauré par les services de l'Etat, et «les dépenses de fonctionnement croissent de façon mécanique alors que les recettes sont en atténuation».
On le constate sur les graphiques : à partir de mi-2008, les recettes chutent de façon importante. Les dépenses aussi, selon le souhait de Benjamin Saint-Huile de «dépenser à hauteur de ce qu'on a». Pourtant, la marge de manoeuvre est réduite : près de 90% des dépenses de fonctionnement sont liées aux charges de personnel et aux charges de gestion courante ! «Il faut être vigilant», a souligné le maire.
A ce sujet, Philippe Biais a fait cette remarque : «Vous nous avez reproché d'avoir embauché du personnel en vitesse à la veille des élections. Et pourtant, on constate une nette augmentation des charges de personnel en 2009 !». Ce à quoi Benjamin Saint-Huile a répondu que cette augmentation, «incompressible», était due aux «augmentations de salaires liées aux avancées de carrières du personnel».
Impossible, donc, de réduire ces dépenses qui «continueront mécaniquement (notons que le maire aime beaucoup cet adverbe) d'augmenter», car aucun départ à la retraite massif n'est prévu avant 7 ou 8 ans.
Les charges à caractère général, en revanche, ont été nettement moins importantes l'année passée : 2 492 169 euros en 2009, contre 2 571 399 euros en 2008. La «faute» à l'ouverture de l'équipement culturel de la coûteuse Gare numérique.
De même pour les charges de gestion courante (893 142 euros en 2009, contre 1 594 855 euros en 2008). Une diminution de 44% qui s'explique par le transfert du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) à l'Agglo.
Quant aux recettes, elles proviennent à près de 90% des impôts et taxes (49,72%) et des dotations et subventions (39,50%). Or le maire avait annoncé, lors de ses voeux, que les impôts n'augmenteraient pas cette année. Il n'y a donc guère que les dotations et subventions qui pourront renflouer les caisses de Jeumont, et elles sont maigres : 5 093 906 euros en 2009, contre 5 612 393 euros en 2008 !
Trop de subventions d'un coup ?
Afin de gérer au mieux les finances de la commune, Benjamin Saint-Huile a une nouvelle fois souligné l'importance du taux de réalisation des subventions (car il ne suffit pas de les obtenir, il faut ensuite faire les démarches pour les encaisser). A ce sujet, le conseiller d'opposition Philippe Biais a déclaré que «si Jeumont encaisse toutes les subventions d'un coup, je m'interroge sur les années à suivre». La remarque n'a pas plu au maire, qui a répondu que «faire rentrer toutes les subventions est le seul moyen de ne pas avoir recours à l'emprunt», comme Jeumont a «exceptionnellement» réussi à le faire en 2008.
Estimant que la gestion des finances par l'ancienne municipalité s'en trouvait critiquée, Philippe Biais a rétorqué qu'«en 2004, le GPV est devenu l'ANRU. Il a fallu reprendre tous les dossiers à zéro, et c'était forcément plus compliqué pour obtenir les subventions. Maintenant tous les mécanismes sont en place, l'argent rentre donc beaucoup plus facilement !».
Paul Robion