Article du 08/02/2010 à 17:33
«J'ai rencontré un magicien»
Suite du récit de voyage de Jonas Vaillant, qui après avoir obtenu son visa pour la Chine, a entrepris la traversée de la Mongolie.

En Mongolie, j'ai rencontré un magicien. Aujourd'hui, j'ai quitté Oulan Bator et sa pollution sonore pour l'infini des steppes mongoles. Après quelques heures de route, nous arrivons à une yourte isolée...
Bohr a 77 ans. Son sourire en a 7. Il vit quelque part, dans l'immensité des steppes mongoles, près des montagnes Kunghu Kahn.
Il y a dans son sourire quelque chose qui m'a fait renaître. Durant les huit jours passés à ses côtés, j'ai redécouvert le bonheur des premières fois, le regard émerveillé de l'enfant face à son premier flocon... Chez Bohr, mes yeux ont cinq ans.

Bohr est marié depuis l'âge de quinze ans à Hungkhan, demoiselle des steppes. Hungkhan a la beauté de l'inconnu. Elle semble appartenir à ce genre de femmes que les rayons du soleil éclairent plus que les autres. Chaque jour, elle fait découvrir à mes papilles les saveurs épicées de la cuisine mongole. Mouton, chameau, yack, cheval...Tout y passe. Cuisiner en Mongolie, c'est décimer un zoo !
Ils vivent ici, sans rien posséder, mais en ayant tout. A deux. Heureux.
Comme chaque jour, j'accompagne Bohr chercher du bois. Ce matin, la Nature nous accueille d'un baiser gelé. On décide donc de prendre les chameaux. Je sangle fermement mon dêli, ce long manteau traditionnel mongol.
On avance dans un vent à débosseler les chameaux. J'ai comme de l'admiration pour ces bêtes, ces vaisseaux du désert. Ils avancent avec une délicatesse de chat, comme si chaque pierre était un tapis d'oeufs frais. Il y a dans leurs cils de femme, la fierté qu'affichent les nomades pour tout ce qui ne vient pas du sable.

"La terre est dure, le ciel est loin..."

Après deux heures de marche, on récolte enfin le bois précieux, synonyme d'une nuit chaude. Je m'arrête quelques instants pour savourer la mélodie du silence. Au loin, j'aperçois des chevaux sauvages qui patrouillent sur les steppes glacées.
Je me laisse aller à mes rêveries, perdu dans cet océan orangé, parsemé de tâches neigeuses. Autour de moi, pas ou peu de végétation. Pas besoin de mentir. La végétation est le fond de teint de la géologie. Elle en adoucit les contours comme le maquillage sur le visage des femmes. La Mongolie est une beauté nue. Elle ne triche pas.
Soudain, Bohr me rappelle à la réalité. Je me tourne et lui souris. Instant figé. Le regard de Bohr a quelque chose d'impalpable, comme si la vie était allée se réfugier dans ses yeux. Le reste est un visage ensoleillé couvert de peau parcheminée où chaque ride est une histoire.
On redescend dans le mutisme des montagnes. Je suis épuisé. Marchant 10 bons mètres devant moi, il me jette au visage, avec la fierté de son peuple dessinée sur les lèvres, la maxime des cavaliers mongols : "La terre est dure, le ciel est loin...". Mon corps vérifie l'adage.
 
Je passe ma dernière nuit dans sa yourte, dans ce monde recréé, qui a pour seule ouverture le tunduk, ce nombril percé par lequel mes souvenirs mongols s'échappent vers la nuit étoilée.
Le lendemain, je le quitte avec la certitude qu'il est un magicien. C'est évident. Puisque Bohr transforme le beau en merveilleux...

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Il y a 1 réaction à cet article

De stephanie r. (nieul sur mer)
Posté le 19 02 2010
un coucou
Jonas,rien d'original à t'écrire, mais toi ce que tu écris.... c'est magique.je n'en doutais pas .je pense à toi , continue. je t'embrasse. stephanie.