Dossier du 30/07/2009 à 13:34
Hautmont a besoin de se souvenir
Pour Joël Wilmotte, commémorer l'évènement est une nécessité
Pour Joël Wilmotte, maire de la ville la plus touchée, Hautmont, il était impensable de ne pas commémorer le passage destructeur de la tornade. L'élu répond à nos questions et dresse son bilan. Des sinistrés témoignent.

La Sambre: Avez-vous été satisfait des moyens mis en place à la suite de la catastrophe?
Joël Wilmotte: Oui. Même si tout a été assez long. La longueur est le facteur le plus pénible et difficile à supporter pour les sinistrés. Ma commune a été impactée à 20%, ce qui est considérable.

LS: La coopération entre les maires des communes concernées a-t-elle été satisfaisante?
JW: Oui. Une première période a été collective, au delà des étiquettes. Ensuite, il y a eu un débat que j'estime malsain sur la répartition des dons, qui étaient faits en fonction des montants constatés par les assureurs.
Nous étions tous d'accord à ce moment. Lors de l'annonce à la mi-octobre des montants, des divergences se sont fait jour chez certains collègues.

«Contestation illégitime et propos agaçants»

LS: Qu'avez-vous pensé de tout cela?
JW: C'est une contestation illégitime, il y a eu des propos agaçants, alors même que nous avions décidé de porter les dons des deux communes les moins touchées de 2 à 3%.
Les fonds ont transité sous attestation, Hautmont est la seule commune à le faire. Les dons en nature ont été redistribués.
Malgré les commentaires déplaisants, tout s'est fait sans ambiguïté. L'association des sinistrés y veillait.

LS: En quoi était-il important pour vous de faire cette commémoration?
JW: C'est un moment inévitable. A l'approche de cette date du 3 août, tout le monde y repense et se recueille. Hélas, ça ressemble encore à un deuil, mais ce travail de mémoire est nécessaire pour aller de l'avant.

«C'était infernal»

LS: Personnellement, comment avez-vous vécu la nuit de la tornade?
JW: J'étais en vacances à 12h d'avion d'ici. Je l'ai appris dans la nuit par téléphone. J'ai alors décidé de rentrer immédiatement et je suis arrivé mardi à 10h. J'ai constaté les dégâts, et j'ai organisé une réunion de crise à 11h à la mairie. A partir de là, c'était infernal.
Avec l'intégralité du conseil municipal, sur le terrain de 6h à minuit pendant des jours, sans arrêt... On ne savait plus quel jour on était. Et je dois dire, que de la part de tout le monde, c'était un travail remarquable.

LS: Aujourd'hui, rencontrez-vous encore des problèmes liés à la tornade?
JW: Oui, il s'agit souvent de difficultés administratives, comme des permis de construire. Parfois, c'est quelques problèmes techniques chez l'habitant qu'il faut résoudre.
Nous faisons face tous ensemble, et les gens sont très solidaires, encore un an après. A titre d'exemple, Madani Hammachi, qui s'était distingué par son implication dans l'aide aux sinistrés, reste toujours très mobilisé pour les soutenir, encore à l'heure actuelle.

LS: A votre connaissance, existe-t-il une catastrophe comparable dans l'histoire de votre commune?
JW: Non, absolument pas. Il y a bien eu cette tornade, qui avait dévasté la région de Pommereuil, en 1967 je crois, mais ce n'était pas comparable avec ce qui s'est passé le 3 août. Dans une zone urbaine comme la nôtre, ce genre de phénomène prend tout de suite une proportion considérable, malheureusement.

Propos reccueillis par
Roger Hugon

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Du côté des sinistrés
Un an après, rien n'a changé pour Abdelhakim

En entrant sur le terrain de Abdehakim Souidi, on a peine à s'imaginer qu'un an s'est écoulé depuis la catastrophe du 3 août 2008. Car c'est bien simple, rien n'a changé. La maison, dernière irréductible de la rue Fernand Rousselle à Hautmont, n'a toujours pas été démolie. C'est pourtant le sort auquel elle elle est condamnée, car son premier étage n'est plus que débris et poussière.
Quant au rez-de-chaussée, il est jonché de poutres et d'éclats de murs presque réduits en bouillie par une année de pluies.
Abdelhakim et sa compagne Isabelle ne sont pas prêts de voir le bout du tunnel. Car avant de démolir, il faut désamianter.
«Je ne savais pas que j'avais de l'amiante, mais selon les experts il y en a partout», explique Abdelhakim. En guise d'exemple, il saisit un débris qu'il casse en deux.
«Vous voyez ces petites boules blanches ? C'est de l'amiante».
Problème, l'opération coûte une fortune. «J'ai fait faire des devis, cela coûte entre 26 000 et 45 000 euros», soupire-t-il. Il faut désormais faire accepter ces devis par l'assurance, mais la partie n'est pas gagnée.
«Au début on ne voulait plus habiter cette maison, car c'était trop de mauvais souvenirs», explique le couple. En effet, Abdelhakim et Isabelle ont été particulièrement meurtris par les événements du 3 août 2008 : quand la tornade est arrivée sur leur maison, «toutes les vitres ont explosé d'un coup» et ils ont tous deux été aspirés sans avoir le temps de se rendre compte de quoi que ce soit. Abdelhakim a atterri à une quinzaine de mètres, perdant connaissance sous le choc, tandis qu'Isabelle s'est retrouvée coincée dans entre les barreaux tordus de la balustrade.
Tous deux se sont réveillés à l'hôpital de Lille, avec plusieurs vertèbres écrasées.
Le montant du remboursement des assurances ne leur permettant pas d'acquérir une nouvelle maison, ils ont dû accepter de bâtir sur l'ancienne.
Mais les experts pinaillent, et refuse de prendre en compte le sous-sol, pourtant gorgé d'infiltrations.
Ce n'est donc pas demain la veille que Isabelle et Abdelhakim pourront tirer un trait sur leurs mésaventures.

Paul Robion


Abdelhakim et Isabelle auraient préféré ne jamais revenir dans cette maison
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