La municipalité de Maubeuge estime avoir "fait son maximum"

Nathalie Montfort, adjointe au logement
Nathalie Montfort, adjointe au logement et au cadre de vie, revient sur une année passée à panser les plaies laissées par la tornade. Elle félicite le personnel communal pour ses efforts, et tire les leçons des événements.
La Sambre : Un an après la tornade, quelle est la situation des sinistrés à Maubeuge ?
Nathalie Montfort : D'après notre bilan, qui est quasi définitif, 732 dossiers de sinistres ont été solutionnés à ce jour. Il reste 20 dossiers en cours d'examen, et 60 à instruire. Les autres dossiers que l'on traite aujourd'hui n'ont plus un grand rapport avec la tornade.
L.S. : Au total, 1602 foyers maubeugeois ont été sinistrés par le cataclysme. Comment la municipalité a-t-elle pu faire face à une situation de cette ampleur ?
N.M. : Il faut dire que nous avons la chance de faire partie de l'Agglomération Maubeuge Val de Sambre (AMVS), qui a la compétence de traiter directement avec l'Etat pour financer les travaux de reconstruction. Un Programme d'intérêt général (PIG) a été mis en place avec l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), permettant aux propriétaires occupants de financer leurs travaux à hauteur de 75%. Près de 1900 dossiers ont bénéficié de ce PIG. Pour Hautmont, qui ne fait pas partie de l'Agglo, les choses étaient beaucoup plus compliquées.
L.S. : Et pour les dossiers les plus épineux ?
N.M. Un comité spécial tornade a été créé, pour régler les problèmes insolubles. Comme le cas d'un paysagiste qui a perdu son exploitation, ou d'une assistante maternelle dont le premier étage a été dévasté, et qui ne peut plus accueillir d'enfants. Tous les partenaires compétents étaient présents lors de ces réunions : CAF, CCAS, CIL...
L.S. Le total des dégâts sur Maubeuge a été estimé à 28 millions e. Les assurances et les aides du Conseil général et de l'Etat étaient-elles suffisantes pour couvrir de telles dépenses ?
N.M. Le budget de la municipalité était déjà tendu, et il est certain que nous ne rentrerons jamais dans nos frais. Nous avons dû sacrifier des projets, baisser les subventions aux associations et remettre des projets à plus tard. Pour la majeure partie des Maubeugeois, la tornade c'est du passé, mais la municipalité vit quotidiennement avec, en raison de son impact sur le budget. Chaque service a dû revoir sa politique.
L.S. : Comment avez-vous personnellement vécu le moment de la tornade ?
N.M. : Je revenais à peine de vacances. Quand j'ai aperçu les arbres par terre, je me suis dit «c'est pas possible, ça ne peut pas être un coup de vent !». Je n'avais encore rien vu. J'ai voulu me rendre à la mairie, mais les rues étaient tellement encombrées que j'ai mis 1h30 avant d'y arriver... alors que je n'habite qu'à quelques centaines de mètres. Les gens étaient dehors, hagards, en chemise de nuit. On a tout de suite mis en place une cellule de crise, et coordonné les opérations des pompiers et des services techniques. Ils ont si bien travaillé qu'en quatre heures, la majeure partie des routes étaient déblayées. De sorte que quand les Maubeugeois se sont réveillés, la gravité de la situation était moindre. Mais le 6ème étage de la mairie avait été serieusement touché : murs tordus, toutes les vitres brisées, de l'eau partout... cela nous a compliqué la tâche.
L.S. : La municipalité va-t-elle organiser une cérémonie de commémoration, comme à Hautmont ?
N.M. : Non, car nous ne souhaitons pas réactiver les traumatismes des Maubeugeois. Selon les psychologues, beaucoup d'entre eux sont encore angoissés au souvenir de la tornade, inutile de le leur rappeler. En revanche il est tout à fait légitime que Hautmont ait préparé une cérémonie, c'est un devoir de mémoire envers leurs disparus.
L.S. : Que retenez-vous de cette année passée à panser les plaies laissées par la tornade ?
N.M. : Premièrement, nous n'étions pas préparés pour faire face à un cataclysme de cette ampleur. Ni matériellement, ni psychologiquement. Les premiers jours on s'est sentis un peu seuls. L'armée a tout de même mis 15 jours à arriver !
«C'était difficile de ne pas envoyer bouler les gens»
De même, nous avons dû nous-mêmes mettre en place la cellule psychologique. Nous avons fait notre maximum, mais c'était difficile de ne pas craquer et envoyer bouler les gens. Il y a tout de même eu un effet positif, cependant : ce travail de tous les jours nous a permis de mieux connaître le personnel municipal. La mairie de Maubeuge est une grosse boîte, on n'était pas familier avec tout le monde. De ce point de vue, l'après-tornade a constitué une véritable expérience humaine. De même, on s'est rapproché de la population en découvrant des gens dans le besoin, qui n'osaient pas demander de l'aide. Avec le travail d'encadrement des référents et de la CAF, ils ont aujourd'hui une meilleure confiance en eux, et savent mieux se débrouiller tout seuls.
Propos recueillis par Paul Robion
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Renée Koralewski est assise dans l'unique pièce de son mobile home, un des trois bungalows hébergeant encore des sinistrés maubeugeois. La vieille dame exhibe une lettre récemment envoyée par le maire. En quelques lignes ce dernier lui assure que son dossier est «prioritaire».
Ce mobile home, Renée en a «ras le bol». Elle vit ici avec Christophe, son petit fils de 40 ans. D'ici fin août, elle espère être de retour dans sa véritable maison, qu'elle n'a plus revue depuis un an. Lors de la tornade, elle n'était pas à son domicile. «Et ma soeur n'a pas voulu que je voie ça. Je ne sais pas si j'aurais voulu le voir. Je suis cardiaque, j'ai 90 ans».
La tornade, son petit fils l'a vécu. Où plutôt y a survécu. «Il regardait la télévision quand c'est arrivé. S'il avait été dans son lit, il serait mort. La toiture a été emportée jusque sur une route voisine. A l'intérieur, tout a été pulvérisé».
Aujourd'hui son petit fils, qui cherche son travail, mène seul les travaux de finition de la maison reconstruite. «Je n'ai pas suffisamment d'argent pour payer quelqu'un».
Avec nostalgie, Renée pense à sa maison. «Un séjour, une cuisine, trois chambres. En plain-pied». Si tout se passe bien, elle y retournera bientôt. Enfin. «J'ai travaillé 50 ans pour payer ma maison. Moi je veux mourir dans ma maison. Mon mari est parti de là je partirai de là».
Aujourd'hui Renée n'a plus grand monde dans son entourage. «Ma belle fille vient régulièrement me voir, je parle aussi au téléphone avec ma soeur, mais elle ne peut plus venir me voir». Mari, frère, fils, fille, parents... Tous sont décédés. «Mon autre fils est malade». Renée contemple le sol. «On ne rit pas tous les jours».
En fouillant dans ses souvenirs, Renée se rappelle avoir été confrontée à une tornade, lorsqu'elle avait une dizaine d'années, à Poix-du-Nord. Aujourd'hui fragile, la vieille dame n'a cessé d'avoir peur que la tornade du 3 août l'empêche à jamais de revoir sa maison.
Roger Hugon